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À l’approche de la fin de la publication de la série Love & Rockets chez Komics Initiative, qui aura donc quasiment rattrapé la publication VO aux États-Unis, voici une petite review des deux derniers tomes parus.
Dans l’intégrale 13, “Le retour des Ti-Girls”, consacrée à la série Locas par Jaime Hernandez, nous avons droit à trois histoires autour de Maggie (l’auteur ayant délaissé Hopey durant un moment), écrites entre 2007 et 2011. Dans la première, « Les chercheurs d’or de 1969« , Maggie se retrouve invitée sur l’île où vit Rena Titañon, ancienne championne de catch, par le biais de Tsétsé, un personnage que l’on n’avait pas revu (si je ne dis pas de bêtises) depuis les années 80 et la première intégrale de Locas.

Maggie, maintenant quarantenaire, se pose toujours autant de questions sur sa vie et ses rapports aux personnes qui l’entourent, tout en continuant de gérer la résidence dans laquelle elle vit.
Ce comics est scindé en deux sur la hauteur, avec au-dessus la première histoire citée, et en dessous, façon strips très inspirés Peanuts (on connaît l’amour des frères Hernandez pour les vieux comics Peanuts, Archie, etc.), une histoire sur le passé de Maggie lorsqu’elle était enfant et que sa mère était enceinte de sa sœur Esther.
Avec “Dieu et la science”, le deuxième chapitre de cette intégrale, Locas embrasse complètement le côté super-héroique et pulp sous-jacent de la série, qui était présent notamment avec le personnage de Penny Century. En effet, celle-ci aurait réussi à obtenir de vrais super pouvoirs, et Angel, la jeune colocataire de Maggie, va s’allier à une super-héroïne pour tenter de découvrir ce qu’il en est. L’occasion de croiser à nouveau des personnages que l’on avait pu apercevoir au fil des décennies de publication de la série, tels que Cheetah Torpeda ou Space Girl… Un épisode qui tranche avec le reste de la série, mais reste très plaisant et drôle, bien que plus anecdotique.

Mais l’intérêt de ce volume vient de l’épisode “Les inaptes de l’amour”, édité précédemment en grand format chez Delcourt sous le nom Bye-Bye Maggie (The Love Bunglers en VO), qui continue l’histoire de Maggie et de Ray, qui se cherchent toujours et vont enfin finir par se retrouver. On explore en parallèle la pré-adolescence et l’adolescence de Maggie, au moment où elle déménage avec sa mère et ses frères et sœur pour se rapprocher de leur père.
Plusieurs événements traumatisants et choquants se déroulent alors, entre ce moment et celui où Maggie revient à Hoppers.

Visuellement, le trait de Jaime est toujours parfait, il y a cependant un peu moins de jeux d’ombres et lumières que dans ses précédents travaux, il adopte ici une ligne plus claire, tout en étant adaptée à son style iconique. Et en termes de scénario, je dois avouer que lire des histoires dans lesquelles les personnages vieillissent au fil des tomes et du temps contribue grandement au charme de Locas, et c’est aussi ce qui en fait un de mes comics préférés.
Voir les personnages vieillir au fil des tomes et du temps contribue grandement au charme de Locas.
À noter qu’une timeline, très utile au vu de tous les événements qui se déroulent dans la série, est à retrouver en fin de l’intégrale.
La série étant toujours en cours aux US avec les aventures de Maggie et de Hopey (maintenant mère), espérons que Komics Initiative continue à sortir les tomes au fur et à mesure (il me semble que c’est prévu, mais plutôt au format album maintenant).
Des histoires sur le long terme
L’autre versant de Love & Rockets, par Gilbert “Beto” Hernandez, nous offre avec la 14e intégrale 3 histoires totalement séparées.
La première, sur un scénario du troisième frère de la famille, Mario, nous conte une histoire de naufrage d’un businessman et d’une multinationale sur fond de révolte d’un pays sud américain fictif. Celle-ci est assez bien ficelée, mais je n’ai pas été spécialement transcendé par la lecture.
La deuxième histoire, intitulée “Le bonheur de Julio”, est un récit choral étalé sur la vie entière de Julio, homosexuel refoulé et témoin du passage du temps sur sa famille et les pertes de ses proches qui se suivent. Gilbert signe ici une de ses plus belles et meilleures histoires, et en tout cas une de mes préférées.

Enfin, dans “Les enfants de Palomar”, on effectue plusieurs retours dans le passé au gré de petites nouvelles, pour retrouver toute la bande de personnages que l’on a appris à connaître durant les décennies de publication, à leur plus tendre âge. Dans un récit, Carmen, Pipo et Heraclio sont à la poursuite de mystérieux enfants chapardeurs de nourriture. Dans le second, c’est Gato et d’autres enfants de Palomar qui se retrouvent enlevés par de mystérieux personnages (extra-terrestres ?) faisant des expériences aux abords du village. Dans une autre, la jeune Tonantzin au destin tragique, qui voit ici une sorte de bébé mystique qu’aucun autre villageois de semble voir. On découvrira également comment Chelo a perdu son œil. De ces petites histoires, on en retiendra une nouvelle fois l’entraide entre les villageois de Palomar et l’humanité de leur communauté.
Graphiquement, Beto fait du Beto, dans son style si particulier, que j’ai fini par mieux appréhender au fil des lectures de la série, et qui fonctionne maitnenant parfaitement avec moi.

Maintenant qu’on arrive en fin de cycle des intégrales, il est l’heure de dresser un bilan sur cette édition complète de Love & Rockets. Malgré quelques aspects que je regrette un peu – ma déception à la réception du premier tome lorsque je m’attendais à recevoir un format hardcover, et les premières de couvertures des versions collector qui auraient gagné à être imprimées à bords perdus (ainsi que pas mal de coquilles dans le texte, jusqu’au dernier tome paru), il faut dire que Komics Initiative a réussi une prouesse qu’aucun éditeur français n’était parvenu à réaliser jusque là, et en un temps record. Rien que pour ça, je les remercie grandement pour ce travail. En espérant que cela donne l’idée à Huginn & Munnin de poursuivre son travail sur les comics Madman, même si mon espoir s’amoindrit de jour en jour.
La dernière salve de Love & Rockets est en ligne sur Ulule jusqu’au 7 juin à cette adresse et vous permettra de mettre la main sur la dernière intégrale, ainsi que sur un grand format réunissant les skechtbooks de Jaime et Gilbert Hernandez.

Description
Scénario / Dessin : Jaime, Gilbert, Mario HernandezSortie : 26 Février 2026
Komics Initiative - 288 pages par tome
Prix : 28 €
J’ai aimé
- Suivre les aventures de Maggie
- Les planches maîtrisées de Jaime
- L'évolution des personnages, autant chez Jaime que chez Gilbert
J’ai moins aimé
- Le passage super-héros, un peu long
- Certaines histoires de Gilbert

