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Derf Backderf est un artiste que j’apprécie beaucoup. Je l’avais découvert avec son œuvre phare, Mon ami Dahmer, puis au fil des années j’ai ensuite lu Punk Rock et Mobile Homes, Kent State (magistral dans son sens du détail et de narration d’un d’un terrible évènement), ou encore les mésaventures d’éboueurs (dont il a fait partie) dans Trashed. L’éditeur Ça et Là continue sur sa lancée et publie donc son dernier ouvrage en ce début de mois de Septembre.
Il va donc sans dire que depuis Mon Ami Dahmer, Derf Backderf est devenu un de mes auteurs indés américains préférés, aux côtés de Daniel Clowes, Charles Burns et les frères Hernandez.
Si son dessin, très particulier au premier abord et reconnaissable entre tous, avec des proportions et perspectives douteuses, peut rebuter certaines personnes, je fais partie de celles qui ont fini par assez rapidement l’apprécier. Chaque sortie de l’auteur est donc un petit événement pour moi et je n’en rate aucune.
Joe Hertle, aspirant illustrateur politique
Dans Les Dissidents, qui sortira le 11 Septembre aux éditions Ça et Là, nous suivons, en pleine période de première Guerre Mondiale, Joe Hertle un jeune dessinateur, fils d’immigrés allemands vivant à Cleveland, qui travaille pour la NEA (Newspaper Enterprise Association), un fournisseur de comic strips et d’illustrations pour la presse, mais qui aspire à un meilleur travail d’illustrateur, visant le dessin satirique et politique.

Comme dans certaines de ses précédentes bandes dessinées, l’auteur ajoute à la fin tout un tas de notes et d’explications pour quasiment chaque planche, voire case. Si vous voulez vivre l’expérience complète, il vous faudra jongler régulièrement entre ces notes et la lecture de la BD, ce qui peut paraitre laborieux au premier abord, mais s’avère au final passionnant tant la valeur ajoutée est importante.
Nous assistons donc au cours du récit à la première ère des comic strips de journaux, mais également aux débuts des grands noms (ayant existé) du dessin politique aux États-Unis, au travers du regard du jeune Joe (lui, un personnage fictif inspiré des expériences de l’auteur), qui sert de témoin de cette période. Le récit est par ailleurs souvent entrecoupé de réelles illustrations parues dans le journal satirique The Masses, au cœur de l’histoire des Dissidents.

Au travers de cette bande dessinée, Backderf traite beaucoup de sujets, comme la montée du nationalisme et la répression des pacifistes et des immigrés. Certaines personnes, comme les dessinateurs de The Masses (dont finit par faire partie Joe Hertle), se voient suivies et espionnées à cause de l’Espionage Act, ce qui pourra en pousser à fuir le pays par peur des représailles, lors de cette période de l’Histoire quelque peu oubliée.
En effet, les États-Unis sont à l’époque sous la présidence de Woodraw Wilson, qui par des décrets rapides et anticonstitutionnels rappellera un certain président actuel. De même, dans une certaine mesure, les pratiques d’arrestation en pleine rue et la légitimité de l’APL (American Protective League) peuvent être comparées à celle de l’ICE, sévissant actuellement outre-Atlantique.

Nous avons donc entre les mains un livre qui, bien qu’il se déroule au début du siècle dernier, fait malheureusement écho au monde d’aujourd’hui, plus de 100 ans plus tard, avec tout ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux chaque jour. Je suis toujours subjugué par le fait que l’auteur, comme pour Kent State, arrive à retranscrire une grande partie de ce qu’il s’est passé avec autant de précision, dans un médium aussi complexe que la bande dessinée.
Comme dans ses précédents ouvrages, Derf Backderf met également beaucoup de lui dans l’histoire qu’il conte. Ici il va s’inspirer du vécu de ses arrière-grands-parents immigrés travaillant dans les usines de pneus, ainsi que de sa propre expérience qu’il a pu avoir en tant que jeune dessinateur politique au début de sa carrière.
Avec Les Dissidents, nous avons entre les mains un livre qui, bien qu’il se déroule au début du siècle dernier, fait malheureusement écho au monde actuel, avec tout ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux chaque jour.
Côté graphique, j’ai trouvé le dessin de Backderf moins « particulier » que dans ses précédentes œuvres. Ici pas de proportions ou perspectives exagérées comme dans Mon Ami Dahmer ou Trashed, le style adopté est plus classique. À noter que l’auteur s’offre même parfois quelques touches de couleur pour marquer certaines cases dans ses planches.
En conclusion, Les Dissidents fait partie pour moi des grosses sorties de la rentrée littéraire, à ne surtout pas manquer si vous êtes déjà familiers de l’auteur, ou si les nombreux sujets de société qu’il aborde vous intéressent.

Description
Scénario / dessin : Derf BackderfSortie : 11 Septembre 2026
Éditions Ça et Là - 344 pages
Prix : 28 €
J’ai aimé
- Le sens du détail
- Toute l’histoire autour de The Masses
- L’aspect graphique
J’ai moins aimé
- Rien, foncez !

